« Je ne veux plus vendre mon corps pour de l’argent… »

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La lettre émouvante de Sophia à la nation

 

 

Lorsqu’on a 16 ans et que l’on habite dans un pays où les dirigeants ont à rendre des comptes à une société civile organisée et mobilisée, notre souci principal est notre réussite et l’atteinte de nos rêves. Dans ces pays où les gouvernements sont librement élus, où le système judiciaire est indépendant, où les libertés individuelles sont garanties et où les budgets témoignent de l’importance accordée à la jeunesse… cette jeune fille n’aurait pas eu a vivre, au quotidien, avec les soucis de financement de ses études secondaires.

Permettez que je partage, avec vous, cette courte missive de Sophia (c’est un prénom fictif, pour une histoire réelle). Sophia, une voisine, une de ses plantes vivaces des tropiques qui ne semblent nécessiter que du soleil pour éclore et bourgeonner. Au fait, elles ont l’air de vivre, si bien, toutes seules qu’on ne pense même pas à les arroser. Bof, se dit-on; la pluie et la rosée s’en chargeront ! Mais, il ne pleut plus et le soleil ne se lève pas souvent sur Sophia.

Mais avant que je vous perde dans mes métaphores à deux sous, jetons un oeil à la missive de cette fillette de 16 ans. Elle m’est, certes, adressée mais nous concerne tous. À travers moi, c’est à vous qu’elle parle. Vous, citoyens, également, vous politiciens, occupés à quérir ou à chérir votre pouvoir…

LETTRE DE SOPHIA À LA NATION…

« Bonswa M. Aly ! Koman ou ye ? Stp, yon gwo sèvis m ap mande w. Tanpri, ou konnen mwen pa gen papa, manman m andeyò. M ap mande w pou ede m nan lekòl la, tanpri. M ap prye w an gras, fè kòmsi se yon timoun nan lari ou te chwazi pou ede. Mwen konnen ou gen bagay pa w pou regle. Men se ou menm sèl mwen ka mande, paske tout moun ou mande, l ap di fòk li kouche w.
Mwen paka ap vann kò m pou lajan. Stp fè sa pou Bondye, tanpri, pi devan l ap remèt ou li, tanpri fè m gras, stp. »

Ironiquement, cette lettre dont j’ai respecté fidèlement, le contenu, je l’ai reçue, le 20 novembre. Cette date, depuis 20 ans, ramène « la Journée mondiale des droits de l’enfant ». Une célébration planétaire, soutenue par la Convention internationale des droits de l’enfant, adoptée par les Nations unies le 29 novembre 1989. Ce texte, composé de 54 articles, stipule qu’un enfant est une personne qui a le droit d’être éduqué, soigné, protégé, quel que soit l’endroit au monde où il est né. L’article 32 de la Constitution haïtienne confirme la gratuité scolaire jusqu’au secondaire. Des progrès sont réalisés. Mais plus de 4 millions des Haïtiens sont des mineurs (44% de la population). C’est un flot immense et permanent de demandeurs de service scolaire, dont moins de 60% atteignent, termineront leurs études primaires. Ce manque de formation est un des facteurs du chômage endémique. Où en sommes-nous en matière de politique efficace de contrôle des naissances ?

Sophia, privée d’un appui familial adéquat, dans une société, où elle est laissée pour compte, me lance un touchant SOS. Elle fonde ses espoirs en moi, avec Dieu comme endosseur. Aucun huissier n’a encore été remettre une sommation de paiement à Yaweh.

Qu’arrivera-t-il si je réfute sa demande ? Si j’y adhère, cette fois-ci, qu’adviendra-t-il les mois et années suivants ? Combien de temps… Sophia pourra-t-elle tenir ? Elle résistera, sans doute, longtemps mais le temps et la faim sont des adversaires coriaces.

Pourquoi, diable, cette divine enfant devrait-elle vendre son corps, pour acheter le pain de l’instruction? Elle vit sous le seuil de la pauvreté, comme 80% des nôtres. Lorsqu’on doit composer avec moins de cent gourdes par jour, les 3 500 gdes de frais de scolarité et les frais d’écolage de 1000 gdes par mois, c’est escalader le mont Everest.

Mais les coûts de la sous-scolarisation sont nettement plus élevés. Et, ce qui guette malheureusement, Sophia, en plus du décrochage scolaire, ce sont les maladies transmises sexuellement, grossesse non désirée, et la misère chronique.

Bien sûr, les jeunes filles ne sont pas les seules à abandonner l’école par manque de moyens, leurs camarades masculins en font autant. La tentation d’avoir recours à la prostitution sera moins présente. Les garçons, par contre, seront attirés par d’autres formes de délinquance. En dehors des ressemblances, les filles sont plus vulnérables et ont encore un accès inférieur à l’éducation secondaire et supérieure. L’organisme »KayFanm », en 2013, révèle dans une étude que les filles ne représentaient que 43% des élèves, au moment du baccalauréat.

Les filles des milieux défavorisés, comme Sophia, en plus de devoir confronter des problèmes inhérents à leur statut social, font face à d’autres contraintes spécifiques à leur sexe. Par exemple, leur menstruation peut occasionner l’école buissonnière, par manque d’accessibilité à des serviettes sanitaires.

L’éducation, par son accessibilité et sa qualité, est un baromètre qui reflète l’état d’une société. En Haïti, des progrès sont réalisés ! Depuis la réforme Bernard, le ministère de l’Education n’a jamais été autant sur la sellette et de manière positive. Nous ne pouvons cependant pas dormir sur nos lauriers, d’ailleurs, la lettre de Sophia est là pour nous le rappeler…

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